Le blog de Tadima

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mercredi 26 septembre 2012

Quand j'avais 39 ans, j'ai devenu vieux.

Taille HauteOn peut devenir vieux à n’importe quel âge. Ma grand-mère, par exemple, était déjà vieille très jeune. Donc, puisque l’âge ne change rien à l’affaire, j’ai décidé depuis longtemps que ça ne me faisait rien de prendre un an à chacun de mes anniversaires.

On peut aussi devenir vieux n'importe où. En général, les gens deviennent vieux chez eux ou en maison de retraite… sauf ceux qui sont empaillés dans un beau costume, mais ceux-là, on dit qu’ils sont immortels, c’est pourquoi on leur a créé une petite activité, pour qu’ils ne s’ennuient pas trop : l’académie française.

Pour ma part, je suis devenu vieux à 39 ans, dans un magasin de chaussures.

Il y a bien eu quelques signes précurseurs avant ça.

Je me souviens de mes premiers cheveux blancs. En bon mâle post-ado que j’étais, je ne me regardais dans un miroir que pour compter mes boutons, alors je n'y ai pas vraiment cru quand on (quelqu'un de ma famille… mais je ne veux pas dénoncer avec trop de précision, ma sœur risquerait de se reconnaître :)) m'a fait remarquer que ça grisonnait un peu. Au début, juste un ou deux fils de pêche, entortillés sur les tempes. Pas de quoi affoler un coiffeur, même gay. Bref, même si je n'étais ni l'un, ni l'autre, je m'en foutais moi aussi de la couleur de mes cheveux. Et je continue de m'en foutre, pour tout vous dire, même si le pouvoir commence à changer de camp dans mon cuir chevelu : les colorés sont en passe de devenir minoritaires. Tant qu’ils ne sont pas bleus, mes cheveux peuvent se colorer comme bon leur semble.

Quelques temps plus tard, dans mes premières années de fac, je passais tous les matins à côté d'un lycée. Les lycéens et -céennes ne m'intéressant guère, j'avais souvent les pensées plongées dans mes cours de la journée (oui, je vous fais croire que je travaillais, et alors ? Qui n'a jamais un peu travesti la réalité dans son blog ? Et puis ce sont mes souvenirs à moi alors vous n'avez rien à dire). Donc, j’ignorais ces joyeux boutes-en-train dans leur cours d’école, et ils me le rendaient bien… jusqu’au jour où une balle, lancée par un gaillard plein de fougue et qui avais du boire son premier café ce matin là, s’éleva trop haut et chût sur mon crâne chevelu (en gris… vous vous souvenez ?). Sur le coup, j'ai bien essayé de faire rentrer la situation dans sa normalité en feignant de n'avoir rien remarqué, mais j'ai été interpellé d'un « Monsieur, monsieur…. vous pouvez nous renvoyer la balle ? ».....

« Monsieur » ? … « Vous » ? … eh ptit con, y'a 2 ans je jouais à ta place, tu vas me retirer ces insultes immédiatement ! … Il n’a rien retiré et je lui ai redonné sa balle, mais j’aurais pu me douter, à ces propos, que j’avais possiblement un peu vieilli. Bon, l’avis d’un lycéen boutonneux et rebelle vaut-il vraiment la peine de devenir vieux pour autant ? Non, bien sûr, et je continuais donc ma vie en étant toujours aussi jeune à l’intérieur de moi-même, et en passant désormais sur le trottoir d’en face, pour éviter de me faire traiter de « Monsieur » à nouveau.

Plus récent : un nouvel employé est arrivé dans nos bureaux. Le rituel des présentations est amusant. C'est un peu comme un moment de solitude, mais à plusieurs. Laissez moi vous décrire ça : on lui fait faire le tour des bureaux en nommant chaque personne et en donnant sa fonction. En gros, chacun se demande ce qu'il fait là en pensant « ça ne sert à rien… on lui présente 20 ou 30 personnes en 15 minutes, aucune chance qu'il retienne un seul prénom ». Mais bon, on est quand même bien content de voir de nouvelles têtes, alors je fais un sourire pour faire croire que je suis gentil et j’essaye de retenir au moins son prénom en bégayant une vague question pour en savoir un peu plus sur lui parce que je suis curieux.

Donc, ce jour là, comme souvent, je le tutoie et il me répond en me vouvoyant. C'est normal, quand on arrive quelque part où on ne connaît personne, on veut rester poli (alors qu'après 2 semaines dans le même bureau, on danse le gangnam-style en caleçon, tout en rotant son coca-light bruyamment). Comme toujours, je le reprends en lui précisant que dans cette entreprise, l'ambiance est bonne et que les relations sont simples, alors on se tutoie tous : c'est comme ça. Que voici donc qu'il ne me répondit-t-il pas ? « Je sais pas si je vais y arriver. C’est pas parce que je ne vous trouve pas sympathique, hein, mais c’est à cause de la différence d’âge… ».

J’ai été obligé de le frapper, bien sûr…

Vous voyez, ça aussi, ça aurait pu me faire devenir vieux...mais non. Je m'en fout de son âge : c'est pas parce qu'il est un gamin que moi, je dois obligatoirement être vieux. Ils sont dingues, tous ces gamins de 25 ans qui se prennent pour des adultes. Ha ha ha.

Je pense que j’aurais pu continuer à être jeune éternellement, si je n’avais pas été avec ma femme acheter des chaussures. Oui, j’y reviens, à ce magasin de chaussures, parce que je sens bien qu’il n’y a que ça qui vous titille depuis le début. J'errais entre les rayons, nonchalamment, comme toujours, mains dans les poches, pantalon remonté au dessus du nombril (en mode Chirac, quoi... d'où la photo d'illustration en tête du billet). J'attendais qu'une paire de ces choses en cuir ne frappe mon regard suffisamment pour hanter mes pensées et, au final, pour vampiriser mon portefeuille. Ça commençait à durer un peu et sous la pression du temps qui passais et du repas qui approchais (je traduis : j'avais faim), j'ai finalement pris une boite dont la paire me semblait « pas trop mal ». Sur mon échelle d’évaluation des chaussures, c'est plutôt bien, puisque ça se situe entre le « ça pourrait être pire » et le « ah ouais… j'aime encore assez ». J’étais décidé à me battre avec ces chaussures, encore neuves, bien rigides, les lacets trop serrés et impossibles à défaire, pour pouvoir les essayer, afin de valider qu’en plus d’être belles, elles avaient le bon goût de convenir à mes petons, lorsqu’un objet insolite a attiré mon attention dans la boite : un chausse-pied. Vous savez, ce truc qui semble issu du croisement entre un spéculum et une truelle. Quoi … vous ne connaissez pas ? C’est que vous êtes trop jeunes. Bon, je vous en montre un : Chausse Pied Alors, ça y est, vous y êtes ?

Moi, ça m’a directement fait repenser à ma grand-mère parce qu’elle et son mari étaient les seuls que je connaissais à utiliser cet objet. Je ne sais pas encore trop bien pourquoi, mais je l'ai posé contre mon talon, le bout dans la chaussure, et j'ai glissé mon pied le long du creux pour qu'il aille se loger à sa place. C'était non seulement facile, mais presque sensuel. Bref, j’ai aimé.

Depuis, j’utilise un chausse-pied tous les matins, donc je suis devenu vieux et les talons de mes chaussures s'en félicitent.

Ceci dit, 39 ans, c’est un bon âge pour vieillir : ça me laisse encore quelques dizaines d’années pour profiter de ma vieillesse, ce qui n’est pas donné à tout le monde.

jeudi 13 septembre 2012

Philosophie nocturne

Vous avez déjà essayé de philosopher à 3h du matin avec une fille de 6 ans ?

Non ? … C'est étonnant … et je me dois de corriger cette lacune qui est vôtre.

J'ai, en effet, moi-même, volontairement, tenté cette fatigante expérience, il y a quelques jours nuits, avec ma fille : Piotte.

A dire vrai, ce n'était pas tout à fait volontaire. Et ce n'était pas vraiment une expérience non plus, d'ailleurs : ça ressemblait plus à un lourd et douloureux supplice vécu en pénitence d'une liste de pêchés dont je ne me souviens pas, mais qui devait être longue comme mon tour de taille et que vous imaginerez sans peine si vous me connaissez un peu. (N'en rajoutez pas trop non plus, soyez gentils)

Il faut que je vous dise avant de commencer que Piotte est ma fille préférée. C'est sans doute à cause de son caractère joyeux et de sa grande créativité. C'est aussi un peu parce que c'est ma seule fille... du moins je crois, parce que je me souviens d'une aventure passée... mais je m'égare : ce n'est pas le sujet.

Bref, Piotte, je l'adore.

Mais après 2 semaines à ne pas dormir parce que mademoiselle fait des crises toute les nuits, je dois dire que mon adoration commençait à ressembler à du masochisme. Je ne sais pas ce qui lui a pris, mais depuis une quinzaine de nuits, donc, elle se mettait invariablement à pleurer toutes les deux heures, et il fallait aller la consoler à grand coups de câlins et de « c'est rien, je suis sûr que tu vas te rendormir très vite ». Je ne vous cache pas que j'ai essayé aussi de la calmer de mon regard de tueur, bras croisé au pied de son lit, avec un bon vieux « Eh, gamine, si tu te calmes pas tout de suite, là, tu vas le sentir passer », mais le fait même que vous soyez en train de lire ce billet vous laisse deviner le succès de l'opération. Mon ego du genre « je suis le sévère papa, garant de l'autorité parentale dans cette famille, rondidjiou » a même failli être mis en doute.

Donc, cette nuit-là, pour la environ seizième nuit consécutive, Piotte a appelé toutes les demi-heures jusqu'à 23h pour pipi-boire-chaud-froid-perdu-le-doudou, puis s'est endormie, enfin. On se doutait bien, ma femme et moi, qu'elle se réveillerait quelques 2 heures plus tard, et qu'elle se mettrait à sangloter, triste comme un menhir (comprenne qui pourra... on a de la culture populaire ou pas). On savait, oui mais voilà : après 2 semaines sans une nuit correcte, on était à bout. Alors on est vite tombé d'accord pour passer à un peu plus de fermeté, cette fois-ci. (oui … quand on décide la fermeté à deux, ça fonctionne mieux que quand je le décide seul... je n'ai jamais compris pourquoi)

Quand elle a appelé, vers 1h, donc, je suis juste allé lui dire qu'on avait besoin de sommeil et qu'il n'était plus possible qu'on se lève comme ça et qu'on ne peut pas dormir à sa place et qu'on en a marre et qu'on ne viendra plus parce qu'elle n'a qu'à attendre que le sommeil revienne et que pour ça elle n'a pas besoin de nous et que PAF prend toi ça dans les dents, empêcheuse de dormir en entier ! (le PAF était mental... pas physique : laissez donc les services sociaux dormir un peu, merde, il est quand même 1h du matin)

Avouez que c'est bien envoyé, non ? Il y a du pédagogique, de la responsabilisation et de la fermeté en même temps. Le débit de parole était assez rapide pour qu'elle n'ait pas le temps d'en placer une et de m'interrompre... (parce qu'elle n'aurait pas hésité, hein … c'est une fille, je vous rappelle). bref, je n'ai pas été trop mauvais... mais comme prévu, ça n'a pas trop trop bien marché. Il y a quand même eu un résultat, c'est qu'on a pu mesurer combien elle était résistante, quand elle a continué à gémir et à couler des larmes grosses comme les chutes victoria pendant 2 heures. Et tout le monde sera d'accord pour dire que les chutes Victoria sont bien plus grosses qu'une vulgaire larme de crocodile, et d'ailleurs, les crocodiles, ça ne pleure pas vraiment, alors que Piotte, sa tristesse avait vraiment l'air énorme.

Tellement énorme que 2 heures plus tard, après qu'on se soit un peu engueulé 10 fois parce que l'un de nous voulait y aller et que l'autre non, et puis 5 minutes après, c'était l'inverse, mais bon... on a donc fini par aller la voir en décidant d'encore plus de fermeté, parce qu'on ne change pas une stratégie qui gagne.

J'ai été désigné volontaire d'office pour aller annoncer la nouvelle à Piotte, et je me suis donc rendu dans sa chambre, décidé à en découdre avec l'animal et à ne pas me laisser faire. J'avais préparé un long discours par écrit, dans lequel je commençais par remercier mes parents pour ne pas m'avoir expliqué combien on vit moins bien quand on ne dort que 3 heures par nuit, mais j'ai préféré improviser en hurlant, parce que j'étais sûr de moi :

  • Tu te fous de nous, là ? Il est 3h, ça fait 2 heures que tu nous empêches de dormir. Maintenant ça suffit : tu arrêtes ça tout de suite, sinon tu es privée de télé demain. (la télé, elle s'en passe bien, hein … mais de voir son frère la regarder alors qu'elle est punie … ça c'est vraiment dur. Mais bon, on est cruel ou on ne l'est pas, hein ! Et le Tadima, quand on le prive de sommeil, il penche vers la cruauté).

En retournant me coucher, dans le silence du vainqueur, j'avais une tête qui voulait dire « ha haaaa... c'est qui le plus fort ? », mais on ne le saura jamais parce que ma femme a la fâcheuse habitude de dormir dans le noir.

Et cette victoire, j'ai eu le temps de l'apprécier.... au moins 10 secondes, avant que les sanglots ne reprennent.

J'ai bondi du lit et je suis rentré dans la chambre de Piotte en hurlant : Puisque c'est comme ça, je vais tuer un chat ! … euh .. non, je crois que j'ai plutôt parlé de la télé-demain-toute-la-journée comme prévu, en fait. Mais bon, vous voyez l'idée.

Et PAN dans ta face, hein ….... mais les enfants ont parfois des réactions déroutantes et en une phrase, elle nous a fait comprendre qu'on se trompait. Entre deux hoquets, le visage plein de larmes, elle a juste répondu : « Oui, d'accord », et elle a continué à pleurer, sachant pourtant qu'elle aller se faire punir plus encore.

C'est dingue comme on peut se sentir con, parfois, hein ?

Je suis retourné dans notre chambre et j'ai dit quelque chose du style : Oups... je crois qu'on a fait une boulette, là … on pourrait pas juste revenir 4 heures en arrière et dire qu'on fait un câlin et que tout est effacé ? En fait, elle est vraiment triste, là … c'est pas du chiqué.

Alors voilà : on a tout repris au départ mais avec 4 heures de retard . On a fait un câlin, et on a été s’asseoir au salon pour discuter un peu parce que du coup, je n'avais plus trop la tête à dormir, moi non-plus.

Et c'est comme ça que je me suis retrouvé à philosopher avec Piotte, 6 ans, à 3h du matin, sur le canapé du salon. Je lui ai parlé d'épicurisme, parce que ça et l'art, c'est un peu la seule chose que j'ai retenu de mes cours de philo du lycée, et quand elle m'a demandé si l'épicurisme, c'était comme le Nutella, j'ai su qu'on se comprenait bien, elle et moi.

Le lendemain matin, quand Piot, son grand frère, s'est levé, je lui ai demandé s'il avait réussi à dormir avec tout ce bazar, il m'a juste dit « hein ? Mais de quoi tu parles ? J'ai rien entendu.».

Alors ma femme et moi on a pris double dose de tartine au petit-déjeuner en pensant à la philosophie de la nuit suivante.

Il va falloir que je révise mes cours de lycée...